samedi 10 décembre 2011

يا... يا الميدانYa... ya el midan




Un aperçu du discours sur Tahrir, avec espoir enflammé et fierté nationale à la clef. C'est une chanson de Cairokee, un groupe contemporain populaire chez les lycéens et les étudiants en ce moment. On l'écoute pas mal, nous aussi.

C'est un hymne à la place et la Révolution; et c'est frappant, quand on pense à l'écart entre ces paroles et ce qui est vraiment en train de se passer dans le pays. Peut-être que ça illustre la désillusion de Tahrir, et ce qu'il y a de dérisoire à camper toutes les nuits sous une tente devant un Ministère de l'Intérieur qui recompte ses canons, pendant que les Frères Musulmans s'assoient aux bureaux de vote à côté des juges pour aider les votants à trouver leur numéro d'identification, tant qu'on ne leur dit rien.

El midan veut dire la place en arabe.


lundi 5 décembre 2011

Elections 2011 - les complications

Si vous croyiez que vous alliez vous en tirer comme ca, je n'ai qu'une chose à vous dire: Welcome to Egypt. 
(NB.: Pour mieux comprendre cet article, cf l'article juste avant).

Le plus important, ce que vous devez retenir, c'est qu'on ne peut avoir AUCUNE idée de qui est en train de gagner les élections. Même si tous les journaux crient haut et fort que ce sont les Frères Musulmans, et ensuite le Parti de la Lumière (Hizb el Nour) salafiste, les cartes sont loin d'être toutes jouées. Je m'en vais vous le prouver; et aussi, je vous avais promis un casse-tête électoral.
Chose due, donc; yalla bina. Comme tout en Egypte, ça va prendre un peu de temps, j'espère que vous n'êtes pas pressés.

Il y a trois complications à ce processus d'élections, qui viennent du système même.

La première, c'est la faible magnitude dans les circonscriptions électorales. En fait, tous les districts (les circonscriptions) n'élisent pas le même nombre de sièges. Les plus petits districts élisent tous deux sièges au scrutin majoritaire. Les autres, plus grands, élisent au scrutin proportionnel un nombre variable de sièges en fonction de leur population. Ca va de 2 à 15; c'est ce qu'on appelle la magnitude, ou l'ampleur de la circonscription. Le problème, c'est qu'il y a beaucoup plus de districts à faible ampleur qu'à forte ampleur. Et à la proportionnelle, c'est difficile de bien respecter les proportions quand il n'y a que deux sièges à allouer: seuls les deux partis les plus populaires auront des sièges, et on perd tous le sens des élections proportionnelles, qui doivent favoriser les petits partis. 

La seconde complication, c'est ce qu'on appelle l'interprétation pharaonique du plus grand reste. Ca fait peur, hein.
Voyons cela: dans un système proportionnel, on gagne autant de sièges en proportion qu'on gagne de votes en proportion. C'est-à-dire, si ma liste gagne 40% des votes, j'obtiens 40% des sièges.
En Egypte, on marche avec un système de coefficient. C'est à-dire qu'on choisit un coefficient en nombre de votes valides, mettons par exemple 20 000 votes valides. Si j'obtiens 20 000 votes (= une fois le coefficient), j'obtiendrai un siège. Si j'obtiens 40 000 votes (= deux fois le coefficient), j'obtiendrai deux sièges. Si j'obtiens 50 000 votes (= deux fois le coefficient plus un reste), j'obtiendrai deux sièges et il me restera 10 000 votes. 

Une fois qu'on a alloué tous les sièges complets, il faut allouer les sièges fractionnés, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas été gagnés complètement. C'est là qu'on applique la méthode du plus grand reste: c'est celui qui a le plus grand nombre de votes restants qui emporte le siège fractionné. Il y a d'autres méthodes, bien entendu, mais c'est celle-ci qui est appliquée en Egypte. 

Là où ça se corse, c'est quand se pose la question de l'interprétation pharaonique du plus grand reste. Ca veut dire interprétation restrictive: les petits partis ne sont pas pris en compte. On n'allouera les sièges restants qu'aux grands partis, dans le but de réduire le nombre de partis et d'avoir plus de stabilité. C'est appliqué seulement en Irak au jour d'aujourd'hui, et ça distord complètement les résultats. La Commission électorale a dit qu'elle ne s'était pas encore décidée sur la question.

La troisième complication, c'est que les règles pour appliquer les quotas n'ont pas encore été décidées. Rien ne presse, remarquez, nous n'en sommes jamais qu'à 2 semaines d'élections, ce n'est pas comme si on avait besoin de savoir maintenant. 
Je pense à un quota en particulier, qui dit que 50% ou plus des sièges au Parlement doivent être tenus par des "ouvriers" ou des "fermiers", le reste étant tenu par des "professionnels" (médecins, fonctionnaires, ingénieurs, etc). Le critère de sélection n'est pas bien clair, et c'était d'ailleurs l'une des grandes causes de fraude électorale sous Moubarak. Ensuite, ça coince avec les têtes de liste: bien sûr, les professionnels veulent être en tête de listes. La loi dit que la liste doit alterner entre professionnel et ouvrier/fermier, mais ne précise pas qui est la tête.
C'est déjà un peu problématique avec les proportionnelles; mais attendez de voir avec les majoritaires. 

La même loi s'applique pour le tiers des représentants élus au scrutin majoritaire. Seulement, le système égyptien veut qu'il y ait deux sièges à la majorité dans chaque district, et non pas un seul. Il y aura donc deux élus, et la loi dit que les deux candidats doivent obtenir une majorité absolue (c'est-à-dire 50% des voix plus une), et l'un d'eux au moins doit être ouvrier/fermier. Impossibilité mathématique!
Alors là, il y a un peu de magie égyptienne: comme on vote pour deux candidats, en fait on met deux croix sur chaque bulletin de vote. Ce qui fait qu'au lieu d'avoir, mettons 100 000 votes, on en a en réalité 200 000 pour 100 000 votants. L'horizon de calcul est donc 200%, mais comme on calcule la majorité absolue sur la base de 50%, on peut avoir deux candidats qui l'ont!!! on peut même en avoir trois, ce qui est problématique. 
La question est: comment va-t-on faire pour respecter le quota des 50% d'ouvriers et de fermiers, sachant que la probabilité qu'il se réalise tout seul est plus mince que Keira Knightley? Là encore, la Commission électorale a dit qu'elle réfléchissait.

Dans tous les cas, on aboutira à une distorsion des résultats. 

C'est inquiétant, parce que si les gens se retrouvent avec des représentants pour lesquels ils n'ont pas voté à cause des distorsions du système, on n'est pas bien sûr de leur réaction envers les prochaines élections. Peut-être même qu'ils n'attendront pas les prochaines; mais je n'y serai peut-être plus pour le voir.


Elections 2011 - recette d'un échec annoncé

Aujourd'hui les mêmes gouvernorats que pour le 28 et 29 novembre retournent aux urnes, pour élire l'Assemblée du peuple, qui est la Chambre basse du Parlement. On va faire un zoom le système, et vous allez voir que ce n'est pas du basboussa.

Ici, on aime faire les choses simplement. Et pour qu'on se marre un peu, on élira les représentants de l'Assemblée comme suit:
- on votera en trois étapes réparties sur quatre mois. A chaque étape, un tiers des 29 gouvernorats d'Egypte votera.
- 498 membres de l'Assemblée du peuple seront élus par les citoyens (c'est-à-dire, s'ils arrivent à se faire faire une carte d'électeur d'ici là). Parmi ces 498 membres:
          - un tiers (166 sièges) par un scrutin uninominal majoritaire à deux tours
          - deux tiers (332 sièges) par un scrutin proportionnel à listes, a un tour.
-10 autres seront désignés par le chef du Conseil Suprême des Forces Armées (SCAF) et chef d'Etat de facto pour l'instant, le conspué maréchal Hussein Tantawi.

NB.: A propos, cette Assemblée ne servira à rien: le SCAF est toujours au-dessus d'elle et ils parlent plus fort. Pour les dernières nouvelles concernant le possible renversement du Maréchal, se renseigner place Tahrir (mais je vous avertis que les chances sont minimes).

Donc ce qu'on fait ce matin et demain, c'est le second tour des élections d'un tiers de l'Assemblée au scrutin majoritaire. Parce que bien sûr, personne n'a eu la majorité absolue, 50% des voix +1; donc on est repartis.

Ce matin, personne dans les bureaux de vote. Il y a huit jours, il y avait une queue de 8 heures devant toutes les écoles, et personne n'en démordait. Je n'ai pas vu ce qu'il en était en sortant du boulot; peut-être que les gens ont décidé d'y aller après le travail pour ne pas perdre encore la journée. Ou alors, il se pourrait bien qu'ils ne sachent pas qu'il y a un deuxième tour des élections. Personne ne comprend rien au système, d'abord (vous allez voir pourquoi plus tard). Ensuite, jusqu'à hier soir, on pensait tous qu'elles étaient annulées; c'est ce que disaient les communiqués de presse. Et ce matin, on découvre qu'elles ont lieu. 


Garons-nous là juste un instant pour faire un état des lieux des élections jusqu'à présent: comme c'est Sciences Po qui m'a appris à écrire et qu'ils aiment la symétrie versaillaise, j'ai trois points positifs et trois points négatifs.

Ce qui est bien, c'est qu'elles ont eu lieu. Ceci avec Tahrir recouvert de gaz, alors qu'à la veille on n'était même  pas sûr qu'elles seraient maintenues, pour cause de sécurité. Aussi, elles se sont déroulées gentiment, sans bain de sang, même pas d'émeutes. Et finalement, beaucoup de gens y sont allés, et parmi eux beaucoup de femmes. Les élections importent aux gens et ils veulent s'assurer qu'on ne les leur vole pas. C'est drôlement bien, vu qu'avant ils s'en foutaient; le manque de suspense, ça vous détruit la motivation tout de suite.

Ce qui est moins bien, c'est que c'est le bazar. Il n'y a pas de procédure fixée pour régler les problèmes administratifs et de comptage: alors on improvise, il faut bien, et les choses sont faites différemment dans chaque bureau de vote. En plus, le personnel est mal entraîné et n'a pas vraiment d'idée de ce qu'il fait, pas plus qu'il ne sait comment s'y prendre; tout ça ne joue pas en faveur des comptes d'apothicaire.
Ensuite, il leur a quand même fallu 4 jours pour publier les résultats de la première tournée, alors qu'ils avaient prévu un seul jour; c'est-à-dire qu'ils ont été publiés vendredi au lieu de mardi soir. Le miracle, c'est comment ils ont réussi à organiser le deuxième tour des élections majoritaires du premier tiers des gouvernorats pendant le week-end. Probable que les candidats ne savaient même pas qu'ils étaient au deuxième tour jusqu'à cet après-midi.
Finalement, selon les pratiques internationales, ça ne se fait pas d'annoncer les résultats d'élections partielles. Ca influence l'opinion des gens, ça excite les ardeurs et ça incite à taper sur le gars d'en face.

Ce n'est pas un fiasco. Mais pour que d'ici quatre mois, ça donne quelque chose sur lequel on puisse se faire les dents, il va falloir qu'Allah soit drôlement coopératif. 

Mon avis, c'est que peu importe qui gagne ces élections, finalement. Ce qui importe, c'est comment elles se déroulent, parce que le but c'est quand même que les gens y retournent la fois prochaine, pour éjecter les vainqueurs de celle-ci dans l'hypothèse où ils ne seraient pas contents. Comme ils sont rodés au boycottage indolent, ça n'arrivera que s'ils ont confiance dans le processus; et s'il n'y a pas trop de dégâts pour l'instant, la route est longue et le fil est mince d'ici début mars.




mercredi 23 novembre 2011

Nil... Nil, Nil...

"Connaissez-vous cet ancien poème égyptien, très beau du reste, qui dit..."

Une accalmie au Caire pendant les élections, hormis quelques thugs envoyés hier soir pour déloger les manifestants de la place, sans résultats bien sûr. Ils ont l'air décidés à rester, beaucoup d'entre eux ont boycotté les élections, et Tantawi n'est pas près de tomber. Voilà où nous en sommes, avec une avance bien appuyée pour les Frères Musulmans, d'après les rumeurs. Du coup, la moitié des femmes de mon bureau à l'ONU portaient des robes courtes et des collants aujourd'hui.

On va en profiter pour un petit plongeon dans le passé, c'est-à-dire il y a un mois quand Maman, Patricia et Thibaud sont venus voir. Ce message est surtout pour la famille et les amis qui voudraient voir les photos. Comme il y en a beaucoup, BEAUCOUP, je vous propose l'anthologie, les collectors, les inratables de la semaine mémorable qu'on a passée entre les rives du Nil, les pattes des chameaux et les minarets du Caire. Elles se passent de commentaire, pour la plupart.


























Et ce n'est que le premier de nombreux voyages, dixit Mater; la prochaine fois, l'Inde, le Canada, l'Australie, et que sais-je encore.

S'en ira, s'en ira pas

C'est stable sur Tahrir, la situation s'est tranquillisée.

C'est ce qu'on entend depuis ce matin 23 Novembre, quand depuis cinq jours on plissait un peu le nez sous les gaz lacrymogènes qui pleuvaient sur la foule et les cadavres qui circulaient dans des boîtes. Pas que ça change grand-chose pour nous, les officiellement non-impliqués; quand on n'est pas sur la place même, on mène une petite vie tranquille en écoutant les oiseaux comme aux jours de l'ancien régime.

En réalité, c'est toujours à peu près stable, sur Tahrir. Là où ça chauffe, c'est dans deux rues perpendiculaires qui donnent directement sur la place: la rue Mohamed Mahmoud, qui longe le campus de l'Université Américaine du Caire, et la rue Qasr-el-3ainy, qui donne accès au Ministère de l'Intérieur et au Parlement. C'est cette disposition qui a décidé de la dynamique de la castagne autour de la place.

Parce que finalement, à part le symbole et un rond d'herbe où c'est quand même plus facile de planter les tentes que sur du béton, Tahrir ne donne rien ni aux manifestants ni au Conseil Suprême des Forces Armées. C'est entre ces deux rues-là et la place que se joue un va-et-vient continuel, absurde et sanglant entre les manifestants et la police.

Si les manifestants laissent la police avancer trop, ils perdent la place, et on n'est quand même pas resté toutes ces nuits pour finir comme ça. Si la police laisse les manifestants avancer trop, ils menacent de prendre le ministère de l'Intérieur d'assaut, les archives et la documentation vont y passer, et on ne peut pas prendre le risque. Personne ne veut vraiment avancer, mais il faut quand même monter au casse-pipe pour ne pas mollir et perdre du terrain. Alors on balance des pierres et des cocktails molotov d'un côté, et on attend les gas lacrymogènes et les balles de l'autre. Les balles étaient en caoutchouc, au début, ce qui n'en a pas empêché plusieurs d'y passer à la suite de leurs blessures; maintenant on ne rigole plus, et ça tire à balles réelles.

C'est comme le 25 janvier, on entend dire. La différence, c'est que les gens sont bien préparés. Des réflexes sont pris, et c'est comme changer les couches de bébé, ça ne s'oublie pas. La nuit, aux alentours de la place, on peut acheter le kit du révolutionnaire pour 15 guinées: lunettes fermées en plastique et masque respiratoire, qualité garantie efficace même pour armes chimiques périmées depuis l'époque nazie. Tout le monde circule avec son sac à dos, le chech imbibé de vinaigre pour couper les effets des lacrymo, dans le sac 4 bouteilles de sérum physiologique pour les yeux et des barres de céréales. Des hôpitaux de fortune se sont montés autour de la place et des centaines de gens défilent pour donner leur sang tous les jours. Je suis allée ce matin à celui de Qasr-el-3ainy à 15 minutes de marche, qui inspire un peu plus confiance, et on m'a renvoyée chez moi: trop de sang déjà et pas assez de temps pour l'analyser.

Le problème, bien sûr, c'est qu'en face c'est la même chose. Personne n'est prêt à lâcher le morceau. Hier, ce n'était plus des gas lacrymo qui tombaient du ciel, mais un produit chimique, qui t'empêche de respirer et finit par te faire tomber dans les pommes. C'était juste après l'intervention de Tantawi à la télé (comme ça on peut dire que les gens ont quitté la place après avoir entendu le discours). Il a fixé le 30 Juin pour les élections présidentielles, et au cas où les gens ne seraient toujours pas contents, il a proposé d'organiser un  référendum: "Voulez-vous que le SCAF reste au pouvoir" (réponse A), ou "Préférez-vous qu'il passe le pouvoir à un gouvernement civil" (réponse B).

C'est assez finement joué, parce qu'on ne peut pas leur reprocher de ne pas donner sa voix au peuple. Et je n'y connais pas grand-chose, mais il me paraît probable que le vote majoritaire demande le SCAF au pouvoir. Tahrir, finalement, c'est une goutte d'eau dans le Nil à travers l'Egypte, même si on la voit bien parce qu'elle est rouge. C'est joli de passer le pouvoir aux civils, mais à qui? Il n'y a personne pour l'instant, et personne ne veut se mettre d'accord sur un nom. El Baradei, mais on ne lui fait pas confiance, c'est un espion étranger; Untel, mais il fait partie des anciens du régime; Untel, mais.... Le consensus populaire, c'est de la blague.

Personne ne sait où il va; ce qui est sûr, c'est qu'on y va.


mardi 22 novembre 2011

Re-volution

Un long silence entre Maspero et ce message; il y a eu des pyramides, des tombes d'enfants-rois, des felouques nubiennes, et des nuits dans le désert entre-temps. Mais l'heure n'est plus à folâtrer entre les coraux et les poissons du Sinaï; trois jours déjà de re-révolution sur Tahrir.


Quelques photos prises du balcon de Julien et Benjamin (gracieusement fournies par Julien), juste en face du musée Egyptien.


Il faut dire que de révolution, point n'en a-t-on vu jusqu'à maintenant. Depuis février dernier, le seul réel changement a été Tantawi (Ministre de la Défense pendant 20 ans) au lieu de Moubarak, avec Sharaf en premier ministre pour la forme.  Mais les rênes du gouvernement, comme du temps de l'ancien régime, sont tenues par le Conseil Suprême des Forces Armées. Les lois de la corruption et de la bureaucratie suivent leur cours, les violations des droits de l'homme aussi. Mais depuis neuf mois, c'est officiellement que l'armée dirige le pays. Si on ne savait pas bien qui était responsable de toute la violence et des injustices de la part des forces publiques auparavant, à présent l'horizon est plus clair. Et si aux jours de janvier 2011, la foule criait de joie sur Tahrir en voyant arriver les tanks de l'armée pour les protéger des gas et des balles de la police, c'est désormais une autre histoire.


C'est comme ça que vendredi dernier, tous les partis politiques ont appelé à un grand rassemblement pour demander la passation de pouvoir du Conseil Suprême à des civils. Le slogan "Le peuple veut la chute du régime" est très vite devenu "Le peuple veut la chute du maréchal" [Tantawi]. Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la brume qui entoure la date des élections présidentielles: elles doivent se tenir quelque part entre mai et juin, mais aucune date précise n'est fixée. C'est tout ce qu'ils savent et ça n'a pas l'air de suffire.



Vendredi a vu les manifestations se dérouler tranquillement sur Tahrir; et c'est samedi que ça a explosé. C'est assez souvent comme ça, d'ailleurs: ça pète quand on ne l´attend pas. Depuis, c'est gas lacrymo et cocktails molotov à peu près tous les soirs; on est maintenant à trente-trois morts officiellement.


Deux lignes d'hommes se forment dans toutes les rues qui donnent sur la place: une pour fouiller, une pour vérifier les papiers.

Ca va et ça vient, suivant la motivation de la police pour les faire reculer. Quelques fois ils se mettent à courir tout d'un coup, et un quart d'heure après ils refluent vers la place.



Quoiqu'il en soit, l'heure, c'est l'heure; et la prière, on en a besoin en ce moment. Tout le monde en rang d'oignons, à peu près face à la Mecque, alors que de petits groupes déboulent en courant depuis la place, et advienne que pourra.

Un cocktail Molotov raté qui a été balancé sur les premiers rangs. Un gars est revenu deux minutes après pour l'envoyer d'un coup de pied, mais il s'est brûlé. C'est un aperçu seulement de ce qui se passe sur Tahrir; on garde le contact. 

dimanche 9 octobre 2011

C'est reparti

Ca s'entretue encore sur Tahrir. C'est parti d'une marche des Chrétiens coptes depuis Shubra jusqu'à Tahrir, comme il y en a déjà eu une la semaine dernière, pour protester contre la discrimination religieuse; ça a dérapé entre eux, la police et des groupes de Musulmans. Il est 22h et on est à plus de 20 morts, l'armée est là-bas et se prend des pavés. Ils ont brûlé des bâtiments et il y a plus de 150 blessés.

D'ici on entend les coups de feu, mais la rue en bas de chez moi est vide. Je crois que tous les accès à Tahrir sont fermés; Magali est restée bloquée dans le coin et va sans doute dormir chez des amis. Tant qu'on est à l'intérieur tout va bien.

Il faut espérer que ça ne soit pas le premier pas d'une escalade...

L'info actualisée ici: Al Masry Al Youm